Billabong
Denman Maroney l Hans Tammen

track listing
Stud (9:45) l Bog (8:16) l Scratch (5:22) l Jag (7:29) l Keen (7:52) l Bounce (7:42) l Bilge (8:27) l Stretch (11:21)

personnel
Denman Maroney hyperpiano
Hans Tammen endangered guitar

Recorded by Dave Kowalski on July 22nd 1999 at Hillside Sound Studio, New Jersey.

texte de pochette
liner notes
chroniques
reviews

texte de pochette  

Guitariste allemand, Hans Tammen découvre l'instrument à travers l'écoute approfondie du jeu de Ritchie Blackmore au sein du groupe de heavy metal Deep Purple. Il pratique la guitare dès 1972, joue et enregistre dans de nombreuses formations en musique improvisée ou écrite, dont des performances avec son, danse et lumières.
Pianiste américain, Denman Maroney puise ses sources dans la musique contemporaine et le free jazz. Il joue et enregistre régulièrement avec des musiciens tels que Dave Douglas, Mark Dresser, Gerry Hemingway, Earl Howard…
Les recherches instrumentales de Hans Tammen et Denman Maroney, entreprises simultanément en solo, se sont concrétisées par les enregistrements respectifs Endangered guitar et Hyperpiano
(1). Aujourd'hui, Billabong leur permet de confronter de nouveaux modes de jeux en duo, de tester le juste équilibre entre l'aléatoire et la rigueur instrumentale. Le hasard est ce qui échappe à la volonté de ceux qui créent mais à partir duquel il est possible de jouer, de structurer. Pour réagir instantanément à tout imprévu, leur concentration demeure constante, notamment dans la maîtrise de la gestion du temps : enchaînement juste, rupture à point nommé, interventions opportunes ; à aucun moment la monotonie ne prend pied. Ils portent également un intérêt particulier à la maîtrise des intensités, ce qui leur permet de produire un effet d'espace avec des avancées lumineuses, se détachant d'arrière-plans lointains, qui brusquement, à leur tour, s'approchent au premier plan.
Hans Tammen et Denman Maroney prennent leurs distances avec les techniques instrumentales traditionnelles, préparant leurs instruments à l'aide d'une grande palette d'accessoires pour les subordonner à leur projet musical. Ils utilisent des préparations et des techniques qui autorisent une grande souplesse de jeu, y compris dans les parties les plus minimales. Le corps du piano est attaqué, martelé brutalement – mais aussi avec délicatesse –, engendrant de nouvelles textures, alors que la guitare est méticuleusement ou rageusement disséquée. De ces jeux de cordes, effleurées, caressées, manipulées, émergent des nuances sinueuses, onduleuses, flexueuses, toujours vives et lumineuses.
Il y a là tout un univers dont la diversité des textures sonores suscite un très riche pouvoir d'évocation. Ici, c'est une pluie de notes dansantes sur trame de rouspétances grinçantes, là, des insectes grêles qui s'entredéchirent en chuchotant ou un orage mégalithique roulant sur fond de crissements, grincements, ronflements. Tout remue, crépite, fourmille, vibre, tinte, maugrée et puis s'épanouit. Parfois un soupçon de danse velléitaire vient, par son tempo, apaiser un conflit, ou bien on ne sait quel océan vient mouiller les sonorités. C'est clair, net, maîtrisé jusque dans les épisodes les plus complexes.

Théo Jarrier

(1) Endangered guitar paru sur le label Nur/Nicht/Nur, et Hyperpiano, paru sur le label Monsey Music.


liner notes

Work like grass works in the sun.”
Jean-François Lyotard

Denman Maroney, whose technique has come to focus almost entirely on the interior of the piano, prepared and attacked with objects; Hans Tammen, who superficially does much the same thing with his guitar. It was only a matter of time, surely, before these two got together.
And yet. It can be too easy to see two guys who stick objects under the strings of their instruments and remark that they are doing something similar. Such things have been done before, many times over. Today, it is too easy to think of these as once-radical strategies which have now become passé. Good. Because that means we can get on with listening to the music.
Like Foucault's brick, Hans Tammen's guitar has been seized, carried away from its familiar territories and reconstructed elsewhere, according to no particular rules besides the rigors of what needs to be done. And like the brick "which is taken from its usual post as a static element of a stable structure and turned into a missile to toss through a window, a functionality its inventors never thought of " there is a violence in his work which can be sudden and effective.
Tammen is also, though, an unusually meticulous player whose work seems aimed at the guitar itself, a de-invention of the thing not by dismantling any physical object but by reverse-engineering its sound-world, breaking it up into strings, pickups, wood, effects, possibilities, whispers. The clock and schlip and crack of wood, the bleep and squirt of electronics.
It's little wonder that the results, even for seasoned listeners, can be surprising, not only in the technical sense, but aesthetically, too. One can find dozens of moments along this record's length when Tammen's strategies work against all the odds. He isn't afraid to set your teeth on edge, to play close to silence or red-line noise, to work like a percussionist or a short wave radio, a machine or (surprise of surprises) a guitar player.
Maroney, meanwhile, is a rather different kind of player. Anyone who has approached the strung frame of a grand piano will have been struck by the sense of a vista, a plain, which is presents. Maroney has mapped this territory, paced it out and demarcated it with numerous vehicles ' his bars, bowls, knives, blocks, boxes, bottles, mallets, mashers, bells and Ebows. Yet he is still enchanted by it and still capable of being surprised by its contours.
Part of this surprise is generated by Tammen's emergence in the centre of his music. They are highly complementary musicians but their strategies are not the same (listen to Bilge, a fine counterpoint of simultaneous, only partially-connected lines). It is as if Tammen is a series of explosions in Maroney's territory, creating chaos, sending herds of animals and people fleeing across the strings, and Maroney above it all working the margins, keeping everything flowing, drawing continuity out of Tammen's love for the quick and the dislocated.
It's not that one challenges and the other responds, nor that they “speak” the same “language” ; this is neither a conversation nor a battle, however frequently we may be tempted by such clichés. It's as if they could satisfactorily play a game without agreeing on the rules. It is the essence of cooperation and the utter negation of competition, a celebration of diversity which, at times, threatens to obliterate the identities of the two players, fusing them together to create a crowd, an orchestra of fingers and strings and wood and metaTogether, Maroney and Tammen work like grass in the sun, propagating in all directions, colonising scraps of fertile land, springing up in seemingly impossible places. Their music is something like a piece of turf : chaotic on the surface with its forest of apparently separate details, interlinked underneath, woven together, again without structure or rationale, a maze of infinite complexity.

Richard Cochrane

 


chroniques

Denman Maroney joue de l’ « hyperpiano », c’est-à-dire qu’il se concentre presque exclusivement sur l’intérieur du piano qu’il « prépare » à l’aide de différents ustensiles vibrants et résonants. De même, Hans Tammen utilise sa guitare « à plat » et détourne ses ressources sonores par l’utilisation de divers dispositifs complémentaires comme des micros-contact, des effets et un ordinateur. Ce qui distingue l’association de ces deux musiciens d’autres groupes d’improvisateurs, c’est la manière dont ils utilisent tous deux des accessoires extérieurs pour agir sur le son de leurs cordes. Tout en déjouant le caractère académique de leurs instruments respectifs, ces deux extrémistes de l’improvisation moderne réussissent à tenir l’auditeur en haleine par la frénésie de leur interaction dans un univers sonore plutôt éthéré de micro-sons en effervescence.
Gérard Rouy l Jazz Magazine l Novembre 2006

Pas forcément évidente la rencontre du pianiste Denman Maroney et du guitariste Hans Tammen ; au départ ça sonne discontinu, très free dans l'idée avec beaucoup de questions-réponses entre les deux. Provoquant une attente, trop flagrante, d'un calme apaisant avec des sons tenus et de bourdons harmoniques, schémas très représentatifs d'une certaine esthétique de " musique improvisée " qui a trop tendance à devenir un dogme en ce moment plus qu'autre chose. Au delà de cela, il y a quand même de la belle musique et une super écoute. Qu'est ce que j'appelle " belle musique " ? C'est un réel travail sur les sons, un certain dépassement de l'instrument pour arriver aux sons ultimes de celui-ci, là où les autres s'arrêtent. Un travail de structures assez intéressantes avec des variations très précises, sans battement d'ailes, juste et à point nommé.
Julien Ottavi l Revue et Corrigée l Juillet 2001


Dommage que l'écoute de l'effervescent Billabong ne puisse s'accompagner d'un petit complément d'images des sessions d'enregistrement. Non pas que la musique ne se suffise à elle même mais ce disque réunit deux musiciens au jeu tellement visuel qu'il est dommage de ne pas plus en profiter. Le pianiste américain Denman Maroney s'est fait une spécialité de l'hyperpiano, une méthode de jeu où l'attaque frontale des cordes et leur manipulation avec divers objets rompt avec le rapport au clavier plus traditionnel. Le guitariste allemand Hans Tammen ne se prive pas, lui non plus, d'utiliser archets, pierres, ventilateurs et autres ustensiles pour tyranniser les cordes de son instrument. Rien d'étonnant donc à ce qu'une telle rencontre débouche sur un registre d'approche, de textures, de sonorités aussi variées, allant de la perception minimale à la rage véhémente. Dans ce contexte, la force du travail des deux performeurs réside surtout dans le contact qu'ils ont su établir et dans le répondant qui les stimule. Les réactions sont quasi immédiates, chacun des deux musiciens entraînant l'autre dans son sillage. Il en résulte un rejet intéressant des apartés nombrilistes et du bavardage musical stérile, où les connexions musicales heureuses relèvent plus de la chance que de la capacité de perception. Un vrai duo donc.
Laurent Catala l Octopus l Janvier 2001


Denman Maroney et Hans Tammen ont choisi de se détourner de la destinée traditionnelle de leur instrument pour se consacrer, le premier à l'hyperpiano, et le second à l'endangered guitar (ou guitare "mise en danger"). Terminologie toute personnelle (reprise en titre de leurs albums solos respectifs, antérieurs à ce duo), pour une démarche qui a déjà fait de nombreux émules en musique contemporaine comme en jazz, celle de la préparation des instruments avec des objets divers. Pour l'un et l'autre, il s'agit moins d'habiller l'instrument d'une nouvelle panoplie, que de scruter la résonance de deux instruments à cordes, d'explorer de nouveaux médiums. S'en dégage une certaine fascination pour la magie des bibelots sonores. Un foisonnement aléatoire de bruissements, crépitements, résonances inattendues d'un espace à l'autre, sans qu'ils en explicitent la ligne de front. Un parcours en huit pièces, prises sur le vif, et qui forme un ensemble cohérent, sans se soucier des horizons de la redite.
Thierry Lepin l Jazzman l Novembre 2000


C'est la fin de l’été avec son cortège de crises et de dépressions passagères et, hop, arrive un disque tout frétillant pour exciter mes oreilles d'ex-fan de Deep Purple (période "Speed King" seulement, ce qui ne nous rajeunit pas, cher Théo, et cependant rédacteur de la note du livret en français, et donc à l'origine de cette information relative a l'influence initiale du camarade Hans). Remercions Potlatch, son service de presse et surtout son calendrier de production (dans le même temps, un fort sympathique duo de messieurs Evan Parker et Keith Rowe est accessible au même catalogue) qui, ainsi, nous évite de sombrer dans une néfaste mélancolie. Je crois savoir que Keith, lui, préfère Jeff Beck. Je vois bien à ton air perplexe, cher lecteur, que ces considérations historiques t'ennuient. Nous en parlerons plus tard. Au fait, Denman joue de l'hyperpiano et Hans de l'endangered guitar. Je traduis assez simplement par préparations diverses d'inspiration Castorama pour instruments classiques que sont le piano et la guitare électrique. Rien de bien époustouflant à ce niveau, tout le monde le fait de nos jours, ou presque. Piano et guitare ensemble, préparés ou pas, le pari est osé. L'expérience est ici totalement réussie.
"Ce qui fait, ne disons pas la valeur (évitons ce mot pernicieux) mais disons la valence d'une œuvre d'art est donc un rapport : son rapport de contestation avec la culture du moment." C'est Jean Dubuffet, totalement asphyxié qui l'affirmait (il y a bientôt quarante ans).
Que Hans Tammen utilise les outils usés (depuis quarante ans) par tous les guitaristes de la garde, avant ou arrière, le place forcément dans un rapport particulier avec la culture de notre moment. C'est à dire qu'il consent, voire revendique l'utilisation des instruments et outils avec leur passé, leur histoire. Il ne rejette pas la culture instrumentale dans sa dimension historique. Il ne se projette pas uniquement dans l'instant présent, forcement porteur de ce qu'on appelle les gadgets. Par moment, une pédale wah-wah se justifie bien autant qu'un micro-ordinateur et la référence (citation ou hommage, peu importe) à tel ou tel courant du rock alternatif des années 70 ou à un quelconque improvisateur prestigieux (Derek, Hans, Roger, Eugène, Fred...) place aussi ce travail dans un rapport culturel différent... de ce rapport calculé par ceux qui affichent, finalement avec ce qu'on finit par détecter comme cynisme, une trop évidente différence ou similitude... avec le patrimoine... Alors, on contrefait, on surfait, on défait... mais on ne joue pas, ou plus, ou mal. Ce qui me plait, donc, pour en finir avec ce guitariste de talent, c'est qu'il joue. Et que le jeu (l'intelligence) demeure l’essentiel de ce qui nous motive et agite. Avec la poésie. C'est là qu’intervient le pianiste impressionniste. Il sait jouer avec les règles (rigides) du guitariste, car la guitare (en général) est rigide et toujours prévisible. Et manque de couleur. C'est elle qui travaille en noir et blanc. Pas le piano, dont l'aspect semble un camouflage de ses possibilités sans cesse repoussées.
Enfin, s'il y a du jeu et de la poésie, il y a du son, résultat de la conjugaison de la pratique pertinente et de la bonne intention avec un savoir-faire discret. Ce disque d’improvisation est un excellent disque de musique. Et pas que de guitare.

Dino l Revue & Corrigée l Septembre 2000


reviews

Denman Maroney is a master of the prepared piano who has come to focus on the instrument's Insides. He not only tampers with the strings but he is experimenting with ways of allacking the strings without the use of the keyboard. This is what he means by "hyperpiano." Hans Tammen approaches the electric quitar in much the same way, by altering the strings with objects and then experimenting with ways and objects that pluck, strike, bow and bend those strings. This is what he terms the "endangered guitar."
So this duo is a dream team lor fans of prepared instruments. Yet this is not the music of AMM. While they alter their instruments and play in unconventional manners, you as a listener always know you are listening to a piano and an electric guitar. And there is no conlusion about which player you are hearing is which. The aesthetic here is to expand the voice of the instrument into new territories, not to abandon or alter its own special characteristics, or even to disappear into a group sound. One has to admit, with music like Maroney's and Tammen's, that the listener misses the visual element. How much more enticing this music would be if we were seeing it played!
The music itsell, as you would expect, is abstract and free lorm. As with much free improvisation, when it is clicking there is nothing better in music. But it is a high wire act to stay up there in the world of flying invention. One misstep and you have no net, you have no nothing to land on. Maroney and Tammen don't always manage to stay up on that wire. But particularly in their most delicate moments, in improvisations tike Bog and Jag: the duo can create intriguing, evanescent structures.
Music like this is not lor everyone, but there is real beauty here to be had, especially for the patient and the quiet. For admirers of Derek Bailey, Billabong is worth checking out, if only to hear where Bailey's disciples are heading.
Phillip McNally l Cadence l May 2001

This new release titled, Billabong presents the listener with a series of duets by two eminent improvisera who pursue relatively unusual implementations as Denman Maroney mens the "hyperpiano" in concert with Hans Tammen's permutations on the "endangered guitar".
With this effort, the duo converges for eight pieces that might depict some sort of bizarre and thoroughly imaginative musings among creatures from outer space as the musiciens offer a very special language atop a seemingly uncontrollable patin of improvisational deconstruction. On the opening track "Stud", Tammen performs scathing fines amid disJointed sequences of maniacal interaction with Maroney's percussive block chords and somewhat patented techniques and explorations from within the inner workings of tris piano. Here, the musiciens explore ethereal yet roughly hewn soundscapes, in conformance with their protean statements and frenetic interplay. Yet on "Bog", Tammen produces a horde of downright eerie tones on tris amplified ax, which elicits imagery of something intangible yet imminently catastrophic. Whereas on "Jag", the twosome renders a motif that coula signify a schizophrenic or warped tiptoe waltz, accelerated by Tammen's strange articulations that sound like tape loops replayed in reverse. Maroney launches an attack on tris detuned piano strings yet counters with a humorous sonate on "Bounce". – Throughout, the duo elicits a distinct sense of playful mayhem via their nearly indescribable methods of execution and often mind-bending yet incredibly deductive improvisations.
Glenn Astarita l allaboutjazz.com